• SAVOIR SE BATTRE
    ou comment un apprenti comédien est élu :
    petit prince du top 50.
    Alors que la pensée positive, aurait pu conduire Florent à accepter les choses avec philosophie et à savoir tirer les effets bénéfiques d'une telle situation, il réagit plutôt violemment à sa mésaventure avec Jean-Jacques Beineix. Ce rôle du petit facteur, c'était  " son rôle " ; le film racontait " sa vie ". De cet épisode désagréable, il perle encore aujourd'hui avec son franc-parler caractéristique et une incroyable véhémence, tant l'impression d'avoir été trahi est encore présente dans sa mémoire.
    - J'avais la rage ! j'étais révolté, car c'était profondément injuste. Le jour où j'ai appris que je ne ferais pas Diva, je suis allé pousser la porte de tous ceux avec lesquels j'avais des pistes pour faire des figurations.
    Sa détermination finit par payer, puisqu'il est ainsi rapidement retenu par Claude Zidi pour une première figuration dans " L'inspecteur la bavure ". Il sagit d'un tout petit rôle, mais qui lui donne la réplique à Coluche. Pas mal pour un débutant non ? De ce film qui rencontre un large succès populaire, Florent garde un souvenir de tournage mémorable :
    - J'étais à table à côté de Coluche. On venait de lui offrir deux pistolets. Initialement je n'avais rien à dire. Anconina, lui, devait lui envoyer " Nous avons des moyens de vous faire parler ! " Mais cette phrase le faisait flipper, et il m'a demandé : " tu veux pas le dire toi ? " J'ai répondu : " OK, donne ! ça m'amuse plutôt ! " Voilà mon premier rôle.
    Faire les choses le plus sérieusement du monde, sans se prendre au serieux : telle pourrait être la ligne de conduite de Pagny, dans son metier comme dans la vie. Une qualité qui n'aura pas échappé à Dominique Besnéhard qui lui déniche un agent, Marceline Lenoir. Celle-ci, consciente de l'extraordinaire potentiel cinématographique de son jeune poulain, ne tarde pas à lui décrocher quantité de rôles dans la plupart des films français à gros budget de ces années 80 et auprès des plus importants réalisateurs du moment, pour des prestations allant de la simple figuration au véritable premier rôle.
    On peut aujourd'hui reconnaître dans de nombreux films son accent gouailleur et sa " bonne gueule " de petit voyou sympathique :
    L'honneur d'un capitaine de Pierre Schoendoerffer, L'as des As de Gérard Oury avec " notre bebel national " , Effraction de Daniel Duval ou Les Fauves de Jean-Louis Daniel, dans Fort Saganne d' Alain Corneau, il campe un jeune officier de Saint-Cyr et le petit frère de Gerard Depardieu aux côtés de Catherine Deneuve. Dans La Balance de Bob Swaim, avec Philippe Léotard et Nathalie Baye, il incarne un jeune flic, alors que dans Les Keufs de Josiane Balasko, il prête sa degaine à un jeune maquereau, ni vraiment salaud, ni vraiment impressionnant, affublé de sucroît d'un bras dans le plâtre qui l'empeche de rouler des mécaniques, comme on est supposé le faire dans la profession... Il fait une courte apparition dans La femme de ma vie de Regis Wargnier , avec Christophe malavoy et Jane Birkin, c'est le film qui révèle une certaine Elsa Lunghini, elle aussi actrice-chanteuse, que Florent ne vas pas tarder à rencontrer au Top 50 !
    Le réalisateur Michel Gérard, lui propose de s'impliquer plus en amont dans un de ses projets cinématographiques, le film Blessure.
    - Quelques années plus tard, Michel est venu me trouver. Il voulait produire un film avec Jacques Penot. Nous devions jouer nos personnages. Pour un mec de 22 ans, c'était génial ! Au bout de 2 mois, Penot a eu peur. Il s'est desisté sous l'influence de tout ceux qui ont essayé de nous dissuader de travailler avec Michel. Moi je leur répondais : "  Vous êtes des cons ! On a tout à apprendre à notre âge ! Qui peut savoir quel sera le resultat ? " Je suis allé au bout. J'y ai fait tourner Patricia Millardet, ma femme de l'époque, tous mes potes, mon père, ma mère....
    On s'amuse à reconnaître, en comédien d'un jour, Odile et Jean dans leurs propres rôles, ce dernier s'autorisant même une virée à moto avec son fiston ! Mais surtout, ce film est l'occasion pour Florent d'enregistrer un premier disque, devenu aujourd'hui une pièce  rarissime.
    - J'ai fait la musique du film en me faisant aider de Boris Bergman ( parolier des premier tubes de Bashung ) qui joue aussi dans le film. J'ai produit moi-même ce premier 45 tours, " Boomerang ". Selon moi, ce type de musique correspondait au film, mais je ne voulais pas que la chanson existe au-delà, car ce n'etait pas ce que je voulais faire musicalement. Je me suis donc opposé à sa réédition.
    En revanche, le film Blessure sort bel et bien sur les écrans, annoncé par un slogan qui prête aujourd'hui à sourire :   " il ne se laisseront pas détruire..."
    Le film ne fait pas long feu dans les salles obscures, tant il est précédé d'une critique désastreuse, comme Florent s'en souvient encore :
    - On s'est fait descendre par la critique qui nous reprochait des dialogues soi-disant branchés.
    Florent aura longtemps l'honnêteté de reconnaître qu'il a commencé le cinéma simplement en se disant que c'était l'opportunité d'ajouter une corde à son arc, de commencer à gagner de l'argent, pour enfin vivre librement et voyager.
    Les voyages... Voilà avec les grosses motos et les belles bagnoles, une passion qui suffit à elle seule, à faire décoller l'imagination très fertile du jeune comédien, épris de grands espaces et qui, sans rouler sur l'or, commence à se sentir plus à l'aise financièrement :
    - En fait, le seul plaisir que j'ai vraiment découvert, ce sont les voyages : j'en ai fait beaucoup depuis trois ou quatre ans. A une époque, dés que commencaient les problêmes avec ma femme, je me sauvais. La première fois, je suis parti sur une île, à Porquerolles. Finalement on s'est séparés définitivement, et maintenant, à chaque fois que je me casse, je me fais une île : Margarita au Venezuela, Itaparika au Brésil...
    Lorsqu'il n'est pas en voyage, Pagny tourne encore et toujours, surtout pour la télévision. Non récupérable de Franck Apprederis, L'Ennemi Public 2, d'Edourd Niermans, L'Embranchement de Gérard Olivier, Un père anonyme de Daniel Moosman, Le Loufiat de Michel Boisrond, Jo et Milou de Josée Dayan, Mariage Blues de Patrick Jamain, mais surtout Le Coucou qui lui vaut le prix d'interprétation au festival de télévision  de Reims ou encore Fou comme l'oiseau de Fabrise Cazeneuve.
    - J'avais tourné dans une trentaine de téléfilms, sans que personne ne le sache. Il n'y avait pas toute cette synergie autour des téléfilms à l'épooque...J'en suis arrivé à me dire : " Pagny faut que tu bouges maintenant ! "
    - J'ai passé deux mois sur un piano à mélanger les quatre accords que je connaissais. J'ai écrit une mélodie qui me semblait tenir la route et je suis allé trouver Gérard Louvin, mon producteur musical.
    Emballé par la force de la mélodie qui lui est proposée, Louvin le met en contact avec divers auteurs en vogue, mais aucun ne comble les hautes exigences artistiques du futur chanteur. Celui-ci finit par écrire lui même le texte de N'inporte quoi. " En une nuit " se plaît-il àpréciser, non sans une pointe de fierté.
    A la sortie du 45 tours fin 1987, et surtout dès ses premières apparitions télévisées, le succées est immédiat auprés de toutes ses générations.Ses faux airs de James Dean des années quatre-vingt séduisent ceux qui, parmis les plus jeunes, voient en lui un héros révolté dont le franc parler tranche avec la langue de bois des autres chanteurs de sa génération. Notamment Daniel Balavoine, dont la disparition en Janvier 1986 à laissé un vide immense dans le coeur de ses admirateurs.
    Le disque connait un succés commercial retentissant, puisqu'il est classé au Top 50 pendant 26 semaines, dont 14 semaines à la première place. Le clip, largement diffusé sur le petit écran, a été réalisé par Florent lui-même, on peux y voir son frère Frédéric jouer du tambour sur la piste du cirque d'Hiver, à Paris : une salle magique au décor baroque, qu'il considère aujourd'hui comme un lieu porte bonheur.
    Comme un prolongement au thème de son tube, il fait alors de la lutte contre la droque son message lancé aux jeunes, dont certain commencent à deviner en lui un modèle de reussite :
    - La drogue, j'ai tout essayé et je vous dis que c'est totalement nul. Avec certaine drogues dures, on se croit le plus fort du monde. On fait n'importe quoi. J'ai vu un copain sous l'effet de la cocaïne, soulever un table et taper sur des gens pour une broutille. Non jamais ça ! plus vous prenez de la drogue, plus le corps s'habitue. Et plus vous augmentez les doses. En deux ans vous devenez des serpières...
    Voilà un discours qui rassure quelque peu les parents, effrayés par un fléau qui commence à réellement inquiéter la France, toutes classes sociales confondues. En revanche quand il s'agit de parler de drogues douces, Florent est tout aussi franc et direct :
    - Il faut qu'on arrête de nous casser les couilles ! On n'est pas des alcoolos. Moi l'alcool, ça me rend fou et agressif. Ca me fait gerber, quoi ! Tu peux conduire en ayant fumé un joint, mais tu peux pas conduire bourré. A 160km/h, quand t'es bourré, tu as l'impression de rouler à 80 et surtout que rien ne peut se passer. tu te croit immortel. Aves plusieurs " pet's " dans la gueule, si tu roules à 80, tu as l'impression d'être ) 160. Tu flippes, tu fait attention. Si tu t'endors au volant, ça, c'est l'héroïne.
    Son deuxième 45 tours, Laissez nous respirer, constituera un veritable test de popularité qui l'obligera à savoir se remettre en question....



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